La parole d'Allah · Le Coran, non créé · L'épreuve d'Aḥmad et la voie des Salaf
Au IIIe siècle de l'hégire, une question doctrinale a déchiré la communauté : le Coran est-il créé ou non ? La miḥna, l'épreuve, a brisé bien des hommes. Un seul est resté droit : l'imam Aḥmad ibn Ḥanbal. Il a été emprisonné, fouetté, mais il n'a pas plié — parce que la position des Salaf était claire : le Coran est la parole d'Allah, non une parole créée. Ce chapitre rappelle pourquoi cette position compte, et ce qu'elle protège dans la croyance.
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« Et si l'un des polythéistes te demande asile, accorde-le-lui afin qu'il puisse entendre la parole d'Allah. »
Source : Coran, sourate at-Tawba (9), verset 6 — le Coran nommé explicitement « parole d'Allah »
La position d'Ahl as-Sunna est nette : le Coran est la parole d'Allah, descendue, non créée ; ses lettres et ses sens. Cette position protège deux choses : l'unicité d'Allah dans Ses attributs (la parole est un attribut d'Allah, et Ses attributs sont éternels comme Lui), et le respect du Livre lui-même. La miḥna menée par certains Califes muʿtazilites a duré environ 16 ans (218-234 H) ; à sa fin, la position des Salaf est sortie victorieuse — et reste celle d'Ahl as-Sunna jusqu'à aujourd'hui.
Au verset at-Tawba 6 — placé en hadith principal de ce chapitre — Allah parle du Coran comme de « kalām Allāh ». Ailleurs :
« Et Allah a parlé à Mūsā d'une parole véritable » (an-Nisāʾ 164). La parole est un attribut d'Allah. Ses attributs ne sont pas créés.
Cheikh Ibn ʿUthaymīn précise : la position d'Ahl as-Sunna est que le Coran est parole d'Allah par ses lettres et par ses sens. Pas seulement les sens (avec des lettres « créées » par Jibrīl, comme l'ont prétendu certains). Pas seulement les lettres (sans sens divin). Les deux ensemble, descendus d'auprès d'Allah, transmis par Jibrīl, à Muḥammad ﷺ.
L'imam Aḥmad et avant lui les Salaf raisonnaient ainsi :
Cheikh Ibn ʿUthaymīn rappelle une distinction utile :
La parole d'Allah portée par ces supports n'est pas le support. C'est ce qu'on a dans le cœur quand on récite, dans la voix quand on dit, dans le sens quand on comprend.
Le Calife al-Maʾmūn (en 218 H), influencé par les Muʿtazila, a imposé aux savants la doctrine que « le Coran est créé ». Quiconque refusait était emprisonné ou fouetté. Cette politique a duré sous al-Maʾmūn, al-Muʿtaṣim et al-Wāthiq — environ 16 années d'inquisition. La plupart des savants ont fini par dire le mot demandé pour échapper aux coups. Un seul a tenu sans plier : l'imam Aḥmad ibn Ḥanbal.
Aḥmad voyait que céder, ce n'était pas une nuance théologique innocente — c'était introduire dans la communauté l'idée qu'on pouvait juger la parole d'Allah. Si elle est créée, alors elle est limitée comme une créature, alors elle peut être analysée, dépassée, relativisée. Tenir sur ce point, c'était protéger le statut sacré du Coran et la voie des Salaf.
Le Calife al-Mutawakkil, en 234 H, a mis fin à la miḥna. Il a libéré l'imam Aḥmad, restauré la position des Salaf comme position officielle, et fait taire l'imposition muʿtazilite. La communauté en a tiré une leçon durable : la fermeté d'un seul homme, sur la vérité, peut sauver la croyance d'une époque entière.
« Quand le Coran est récité, écoutez et taisez-vous, peut-être recevrez-vous miséricorde » (al-Aʿrāf 204). Cette consigne prend tout son sens quand on tient que c'est Allah Lui-même qui parle à travers le récitant.