بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Chapitre N°22

كَلَامُ اللَّه

La parole d'Allah · Le Coran, non créé · L'épreuve d'Aḥmad et la voie des Salaf

Au IIIe siècle de l'hégire, une question doctrinale a déchiré la communauté : le Coran est-il créé ou non ? La miḥna, l'épreuve, a brisé bien des hommes. Un seul est resté droit : l'imam Aḥmad ibn Ḥanbal. Il a été emprisonné, fouetté, mais il n'a pas plié — parce que la position des Salaf était claire : le Coran est la parole d'Allah, non une parole créée. Ce chapitre rappelle pourquoi cette position compte, et ce qu'elle protège dans la croyance.

﴿وَإِنْ أَحَدٌ مِّنَ الْمُشْرِكِينَ اسْتَجَارَكَ فَأَجِرْهُ حَتَّىٰ يَسْمَعَ كَلَامَ اللَّهِ﴾

« Et si l'un des polythéistes te demande asile, accorde-le-lui afin qu'il puisse entendre la parole d'Allah. »

Source : Coran, sourate at-Tawba (9), verset 6 — le Coran nommé explicitement « parole d'Allah »

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Le statut de ce chapitre

La position d'Ahl as-Sunna est nette : le Coran est la parole d'Allah, descendue, non créée ; ses lettres et ses sens. Cette position protège deux choses : l'unicité d'Allah dans Ses attributs (la parole est un attribut d'Allah, et Ses attributs sont éternels comme Lui), et le respect du Livre lui-même. La miḥna menée par certains Califes muʿtazilites a duré environ 16 ans (218-234 H) ; à sa fin, la position des Salaf est sortie victorieuse — et reste celle d'Ahl as-Sunna jusqu'à aujourd'hui.

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Vocabulaire essentiel

كَلَام اللَّهkalām Allāh
La parole d'Allah — l'un de Ses attributs éternels.
غَيْر مَخْلُوقghayr makhlūq
Non créé — qualifie les attributs d'Allah, dont Sa parole.
مِحْنَةmiḥna
Épreuve — l'inquisition muʿtazilite du IIIe siècle.
حُرُوف وَمَعَانٍḥurūf wa maʿānī
Lettres et sens — les deux ensemble forment le Coran.
جَهْمِيَّةJahmiyya
Groupe ancien qui a affirmé que le Coran était créé.
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Le Coran est la parole d'Allah

Premier point · Lettres et sens
Le Coran tout entier — ses lettres, ses sens, sa récitation — est la parole d'Allah. Ce n'est pas la parole de Jibrīl ni du Prophète ﷺ : les deux n'ont fait que transmettre.
ParoleAllah

Le Coran le dit de lui-même

Au verset at-Tawba 6 — placé en hadith principal de ce chapitre — Allah parle du Coran comme de « kalām Allāh ». Ailleurs :

﴿وَكَلَّمَ اللَّهُ مُوسَىٰ تَكْلِيمًا﴾

« Et Allah a parlé à Mūsā d'une parole véritable » (an-Nisāʾ 164). La parole est un attribut d'Allah. Ses attributs ne sont pas créés.

Lettres et sens, les deux ensemble

Cheikh Ibn ʿUthaymīn précise : la position d'Ahl as-Sunna est que le Coran est parole d'Allah par ses lettres et par ses sens. Pas seulement les sens (avec des lettres « créées » par Jibrīl, comme l'ont prétendu certains). Pas seulement les lettres (sans sens divin). Les deux ensemble, descendus d'auprès d'Allah, transmis par Jibrīl, à Muḥammad ﷺ.

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Pourquoi non créé ?

Deuxième point · L'attribut suit Celui à qui il appartient
Les attributs d'Allah sont à l'image de Son essence : éternels, incréés. Dire que le Coran est créé, c'est dire qu'Allah a, à un moment, été sans parole — ce qui est inacceptable.
Non crééAttribut

Le raisonnement des Salaf

L'imam Aḥmad et avant lui les Salaf raisonnaient ainsi :

  • Le Coran est la parole d'Allah — c'est Allah qui le dit (at-Tawba 6, an-Nisāʾ 164…)
  • La parole d'Allah est l'un de Ses attributs
  • Les attributs d'Allah sont de Lui, et ce qui est de Lui n'est pas créé
  • Donc : la parole d'Allah, et donc le Coran, n'est pas créée

Distinction importante

Cheikh Ibn ʿUthaymīn rappelle une distinction utile :

  • Le Coran lui-même (les lettres et les sens, la récitation portée par les langues, le texte écrit) — non créé en tant que parole d'Allah
  • Le papier, l'encre, l'impression du muṣḥaf — créés bien sûr, comme tout objet

La parole d'Allah portée par ces supports n'est pas le support. C'est ce qu'on a dans le cœur quand on récite, dans la voix quand on dit, dans le sens quand on comprend.

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L'épreuve de l'imam Aḥmad

Troisième point · La miḥna et la fermeté
Sous trois califes ʿabbāssides, les Muʿtazila ont imposé par la force la croyance que le Coran était créé. L'imam Aḥmad ibn Ḥanbal a tenu — sous le fouet, en prison — et finalement la position des Salaf l'a emporté.
HistoireAḥmad

Les faits

Le Calife al-Maʾmūn (en 218 H), influencé par les Muʿtazila, a imposé aux savants la doctrine que « le Coran est créé ». Quiconque refusait était emprisonné ou fouetté. Cette politique a duré sous al-Maʾmūn, al-Muʿtaṣim et al-Wāthiq — environ 16 années d'inquisition. La plupart des savants ont fini par dire le mot demandé pour échapper aux coups. Un seul a tenu sans plier : l'imam Aḥmad ibn Ḥanbal.

Pourquoi ne pas plier ?

Aḥmad voyait que céder, ce n'était pas une nuance théologique innocente — c'était introduire dans la communauté l'idée qu'on pouvait juger la parole d'Allah. Si elle est créée, alors elle est limitée comme une créature, alors elle peut être analysée, dépassée, relativisée. Tenir sur ce point, c'était protéger le statut sacré du Coran et la voie des Salaf.

La fin de l'épreuve

Le Calife al-Mutawakkil, en 234 H, a mis fin à la miḥna. Il a libéré l'imam Aḥmad, restauré la position des Salaf comme position officielle, et fait taire l'imposition muʿtazilite. La communauté en a tiré une leçon durable : la fermeté d'un seul homme, sur la vérité, peut sauver la croyance d'une époque entière.

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Ce que cela change pour le croyant

Quatrième point · Conséquences pratiques
La position « non créé » n'est pas un débat de techniciens. Elle change la façon dont on lit, récite, respecte le Coran.
PratiqueRespect

Trois conséquences directes

  • Vénération — le Coran est traité avec le respect qu'on doit à la parole d'Allah, non comme un livre humain qu'on commente avec familiarité
  • Lecture lente — on prend le temps des sens, parce qu'ils viennent de Lui (cf. al-Muzzammil 4 : « et récite le Coran lentement, avec soin »)
  • Silence devant Sa parole — quand on récite ou qu'on entend, on ne pèse pas, on accueille

Le verset central pratique

﴿وَإِذَا قُرِئَ الْقُرْآنُ فَاسْتَمِعُوا لَهُ وَأَنصِتُوا لَعَلَّكُمْ تُرْحَمُونَ﴾

« Quand le Coran est récité, écoutez et taisez-vous, peut-être recevrez-vous miséricorde » (al-Aʿrāf 204). Cette consigne prend tout son sens quand on tient que c'est Allah Lui-même qui parle à travers le récitant.

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Ce qu'il faut retenir

Points clefs de ce chapitre
5 vérités sur le statut du Coran.
  • Le Coran est parole d'Allah : ses lettres et ses sens, descendus par Jibrīl à Muḥammad ﷺ
  • Position d'Ahl as-Sunna : non créé — la parole est un attribut d'Allah, et Ses attributs ne sont pas créés
  • Distinction utile : le Coran en tant que parole d'Allah n'est pas créé ; le papier et l'encre du muṣḥaf sont créés
  • L'épreuve d'Aḥmad ibn Ḥanbal (miḥna, 218-234 H) a fixé la position des Salaf face aux Jahmiyya et aux Muʿtazila
  • Conséquence pratique : vénération, lecture lente, silence devant la parole — al-Aʿrāf 204

🧠 Grille mnémotechnique

1
PAROLE
Lettres + sens
Yasmaʿu kalāma Allāh
2
NON CRÉÉ
Attribut éternel
Wa kallama Allāhu Mūsā taklīmā
3
MIḤNA
L'épreuve d'Aḥmad
218-234 H
4
VÉNÉRATION
Écouter, se taire
Fa-stamiʿū lahu wa anṣitū