L'innovation religieuse · « Toute innovation est égarement » · Distinction avec le nouveau matériel
Le mot bidʿa est l'un des plus mal compris. Pour certains, il interdirait toute nouveauté, jusqu'à l'usage du téléphone. Pour d'autres, il ne désignerait rien de précis, et serait un mot pour réprimer ce qu'on n'aime pas. Ni l'un ni l'autre. La position des Salaf est claire : la bidʿa, c'est l'innovation dans la religion — inventer un acte de culte qu'Allah n'a pas institué et que Son Prophète ﷺ n'a pas pratiqué. Ce chapitre clarifie la définition, la distinction, et l'esprit dans lequel les Salaf en parlaient.
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Le Prophète ﷺ a dit : « Quiconque introduit dans cette affaire qui est la nôtre quelque chose qui n'en fait pas partie — cela est rejeté. »
Source : Bukhārī (n°2697) et Muslim (n°1718) — d'après ʿĀʾisha
Le hadith de ʿĀʾisha — « kullu bidʿatin ḍalāla » dans une autre version (Muslim) : « Toute innovation est égarement » — est l'un des hadiths les plus fréquemment cités par les Salaf dans les questions de croyance et de culte. La règle protège la religion contre deux choses : l'ajout (inventer un acte qui n'existe pas) et le déplacement (faire autrement que comme institué). Mais Ahl as-Sunna a aussi appris la nuance : la bidʿa religieuse ne concerne que ce qui touche au culte, pas le progrès du monde matériel.
Cheikh Ibn ʿUthaymīn la définit ainsi : « Adorer Allah par ce qu'Il n'a pas institué » (at-taʿabbud li-llāhi bimā lam yashraʿhu). Trois éléments :
La bidʿa n'est pas :
La règle est précise : une bidʿa, c'est inventer dans le culte. Tout le reste est libre.
Voir le hadith principal en haut de page : « Quiconque introduit dans cette affaire qui est la nôtre quelque chose qui n'en fait pas partie — cela est rejeté » (Bukhārī, Muslim). La règle est simple : le critère est l'origine — l'acte vient-il de la religion ou est-il introduit ?
Le Prophète ﷺ commençait souvent ses sermons par : « La meilleure des paroles est la parole d'Allah, et la meilleure des guidances est la guidance de Muḥammad ﷺ. Les pires des affaires sont celles introduites — et toute innovation est égarement » (Muslim). On voit la logique : si la meilleure guidance est celle du Prophète ﷺ, en sortir, c'est descendre.
Le Compagnon ʿAbdullāh ibn Masʿūd disait : « Suivez et n'innovez pas. Vous avez ce qui suffit. Toute innovation est égarement » (ad-Dārimī). La phrase clef : kufītum — « vous avez ce qui suffit ». La religion est complète : « Aujourd'hui, J'ai parachevé pour vous votre religion » (al-Māʾida 3). Y ajouter, c'est sous-entendre qu'elle était incomplète.
Les uṣūlistes ont posé un principe lumineux :
Quand ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb a proposé à Abū Bakr de compiler le Coran, Abū Bakr a d'abord hésité : « Comment ferais-je ce que le Prophète ﷺ n'a pas fait ? ». ʿUmar a insisté : « C'est, par Allah, un bien ». Abū Bakr a fini par accepter, et a senti que sa poitrine s'était ouverte (Bukhārī). Pourquoi ? Parce que c'est un moyen, pas un acte de culte nouveau — c'est de la préservation, pas une invention dans la prière ou le jeûne.
L'attitude des Salaf face aux innovations est positive d'abord : ils enseignent ce que le Prophète ﷺ a fait, ils donnent le goût de le suivre. La sunna mise en pratique chasse naturellement la bidʿa, comme la lumière chasse l'ombre. C'est ainsi que les Compagnons ont réformé : par l'enseignement, pas par l'accusation.
Cheikh Ibn ʿUthaymīn rappelle : une pratique peut être qualifiée de bidʿa sans qu'on en accuse celui qui la fait. Beaucoup de musulmans pratiquent par ignorance, par tradition familiale, par sincérité mal orientée. La règle correcte est :
L'esprit de cette cartographie est conforme à celui des Salaf : donner les outils pour comprendre, pas armer une polémique. Connaître la définition de la bidʿa, c'est savoir comment se prémunir d'introduire soi-même une innovation. Ce n'est pas un permis de juger les autres.