Les dix annulatifs de l'Islam · Connaître pour s'en garder · Cheikh Muḥammad b. ʿAbd al-Wahhāb
Cheikh Muḥammad b. ʿAbd al-Wahhāb (raḥimahullah) a rassemblé, dans une courte épître intitulée Nawāqiḍ al-Islām, dix catégories d'actes qui, prises en elles-mêmes, sont en contradiction avec l'Islam. Ce chapitre n'est pas un instrument d'accusation contre les musulmans : c'est un miroir pour se protéger soi-même, comme on apprend les symptômes d'une maladie pour ne pas la confondre avec autre chose. Beaucoup de musulmans pratiquent l'un de ces actes par ignorance, par héritage culturel, ou sans en mesurer la portée — la juste réponse est alors la daʿwa bienveillante, pas l'excommunication. Le jugement sur une personne nommée relève des grands savants, après que la preuve lui a été clairement transmise et qu'elle a été pleinement comprise (voir aussi le chapitre 14 sur le statut du musulman pécheur).
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« Allah ne pardonne pas qu'on Lui associe (qui que ce soit) ; mais Il pardonne ce qui est en deçà à qui Il veut. »
Source : Coran, sourate an-Nisāʾ (4), verset 48 — verset central sur la gravité du shirk
Le mot nāqiḍ (pl. nawāqiḍ) signifie : ce qui annule, ce qui défait. On parle dans la jurisprudence de nawāqiḍ al-wuḍūʾ (ce qui rompt l'ablution) ; ici de nawāqiḍ al-Islām — actes qui, en eux-mêmes, contredisent l'attache à l'Islam. Mais juger un acte n'est pas juger la personne qui l'accomplit. Trois obstacles (mawāniʿ) empêchent ce passage : l'ignorance (jahl) — extrêmement répandue —, la contrainte (ikrāh), et l'erreur involontaire (khaṭaʾ). À cela s'ajoute la transmission claire de la preuve (iqāmat al-ḥujja) : tant qu'un musulman ignorant n'a pas reçu, compris et accepté l'enseignement, la voie est de l'enseigner avec patience, jamais de le condamner. Ce chapitre énonce les principes ; aucun de nous n'a la qualification pour les appliquer à une personne nommée.
C'est l'inverse exact de l'ulūhiyya : adresser à autre qu'Allah ce qui n'appartient qu'à Lui — invocation, sacrifice, vœu, recours en détresse, peur secrète, espoir cosmique.
« Quiconque associe à Allah, Allah lui a interdit le Paradis » (al-Māʾida 72). Voir aussi le chapitre 8 sur l'ulūhiyya.
Il s'agit ici d'adresser à un intermédiaire ce qui n'appartient qu'à Allah — l'invoquer pour ce que seul Allah peut donner, lui sacrifier, lui vouer un vœu, le craindre comme une force divine. Le Coran rapporte cet argument des associateurs : « nous ne les adorons que pour qu'ils nous rapprochent d'Allah » (az-Zumar 3) — argument rejeté parce qu'il avait déplacé l'adoration.
Voir le chapitre 25 sur le tawassul, où la distinction est posée : tawassul légitime (par les noms d'Allah, par les actes pieux, par l'invocation d'un vivant pieux) et formes de tawassul à éviter. Beaucoup de musulmans sincères tombent dans des pratiques de tawassul mal orientées par ignorance ou par tradition héritée. La voie prophétique avec eux est l'enseignement, jamais l'accusation : on leur fait connaître la juste compréhension du tawhid, on les ramène à la fitra avec douceur — et on s'abstient absolument de leur appliquer un jugement individuel.
Cet annulatif vise la position doctrinale sur la voie elle-même, pas les personnes :
Le verset : « quiconque cherche une autre religion que l'Islam, elle ne sera pas acceptée de lui » (Āl ʿImrān 85) tranche la question sur le principe — c'est cela seulement qui est en jeu ici. Passer de cette règle de principe à un jugement sur tel ou tel individu nommé est une opération que ce chapitre n'autorise jamais. Beaucoup de gens, aujourd'hui, tiennent un discours d'équivalence des religions par bienveillance, par ignorance des sources, ou par confusion entre respecter les personnes (ce qui est juste et islamique) et égaliser les voies (ce que la révélation ne permet pas). On les éclaire avec patience.
Estimer que la voie du Prophète ﷺ — son guidage, ses jugements, ses orientations — est dépassée, inférieure, moins juste qu'un autre système (philosophique, idéologique, juridique humain).
« Quiconque recherche une autre religion que l'Islam, elle ne sera pas acceptée de lui » (Āl ʿImrān 85).
Avoir, dans le cœur, du dégoût ou de la haine pour ce que le Prophète ﷺ a transmis — un commandement, une interdiction, une orientation. Il ne s'agit pas de la difficulté qu'on ressent (humaine et naturelle), mais d'un rejet du cœur.
« Cela parce qu'ils ont détesté ce qu'Allah a fait descendre — Il a donc rendu leurs œuvres vaines » (Muḥammad 9).
Tourner en dérision Allah, Son Messager ﷺ, ou ce qu'Il a institué (la prière, le voile, la barbe, le Coran), par sérieux ou par plaisanterie. La cause de la révélation du verset suivant est l'épisode de Tabūk où certains hommes plaisantèrent au sujet des récitateurs : Allah a tranché.
« Dis : est-ce d'Allah, de Ses versets et de Son Messager que vous vous moquiez ? — Ne vous excusez pas, vous avez mécru après avoir cru » (at-Tawba 65–66).
Dont fait partie : le ṣarf (détourner un cœur d'une personne) et le ʿaṭf (le faire pencher vers une autre) par les voies des démons.
« Et les deux (anges) n'enseignaient à personne sans dire : nous sommes une épreuve, ne mécrois donc pas » (al-Baqara 102) — voir le chapitre 32.
L'aide active à la mécréance contre l'Islam — par allégeance idéologique ou soutien militaire dans une opposition à la religion. À distinguer des relations humaines, commerciales, sociales ou de bienveillance, qui ne tombent pas sous ce nāqiḍ — voir le chapitre 33 sur le walāʾ wa al-barāʾ.
« Quiconque parmi vous les prend pour alliés (contre les croyants) est des leurs » (al-Māʾida 51).
Penser qu'à un certain niveau spirituel, on échappe à la loi du Prophète ﷺ — comme prétendre que Khiḍr aurait pu sortir de la sharīʿa de Mūsā. Pour cette communauté, la sharīʿa de Muḥammad ﷺ est universelle et finale ; nul saint ne s'en affranchit.
Le hadith authentique : « par Celui qui tient mon âme, si Mūsā était vivant, il n'aurait d'autre choix que de me suivre » (rapporté par Aḥmad).
Le détournement total de la religion. Pas la négligence ponctuelle ni la faiblesse du croyant pécheur (chapitre 14), mais le refus de s'en occuper : ne rien apprendre, ne rien pratiquer, l'écarter délibérément de sa vie.
« Qui est plus injuste que celui à qui on rappelle les versets de son Seigneur, et qui s'en détourne ? — Nous nous vengerons des criminels » (as-Sajda 22).
Dire « le shirk est mécréance » (jugement de l'acte) n'est jamais dire « cette personne est mécréante ». Passer de l'un à l'autre exige : preuve transmise et comprise (iqāmat al-ḥujja), absence d'obstacles (mawāniʿ), et la compétence savante que ni l'enseignant ordinaire, ni l'étudiant, ni le fidèle ne possèdent.
Ces obstacles font que l'acte reste interdit, mais la personne reste musulmane jusqu'à preuve transmise et comprise.
Le Prophète ﷺ a dit à ʿAdiyy b. Ḥātim : « n'adoraient-ils pas (leurs rabbins) ? » — ʿAdiyy répondit non — il lui expliqua : « ils suivaient ce qu'ils déclaraient licite et illicite : voilà leur adoration ». Le Prophète ﷺ enseignait à un Compagnon qui ignorait — il ne le condamnait pas. Le hadith de Muʿāwiya b. al-Ḥakam, qui voulait jurer par autre qu'Allah ou demander à une esclave où était Allah : à chaque fois, le Prophète ﷺ corrige et enseigne, sans excommunier.
On apprend les annulatifs pour les éviter en soi et pour aider les autres avec savoir et douceur — jamais comme une arme. Ibn ʿAbd al-Wahhāb les a écrits dans un cadre pédagogique de tawhid pratique : c'est une carte des écueils, pour ne pas tomber dedans, et pour orienter ceux qu'on aime quand on les voit s'approcher du bord.