L'alliance et le désaveu · Aimer pour Allah, ne pas suivre la mécréance · Sans dureté envers les personnes
Le walāʾ est le mouvement intérieur du cœur qui s'attache à ce qu'Allah aime ; le barāʾ est le mouvement qui se détache de ce qu'Il rejette. C'est une orientation du cœur avant d'être une attitude extérieure. Il est essentiel de poser tout de suite ce que ce chapitre n'est pas : ce n'est ni un prétexte à la dureté envers les non-musulmans, ni un appel à la rupture des liens familiaux, ni une autorisation à refuser l'aide ou la justice à un être humain. Le Prophète ﷺ fréquentait les non-musulmans, leur prêtait, acceptait leurs cadeaux, leur souriait, et a juré qu'il aimait son oncle Abū Ṭālib qui n'avait pas embrassé l'Islam. Le walāʾ wa al-barāʾ est, à l'origine, une boussole intérieure — pas un programme de relations sociales hostiles.
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« Vous avez eu un bel exemple en Ibrāhīm et ceux qui étaient avec lui, quand ils dirent à leur peuple : nous nous désavouons de vous et de ce que vous adorez en dehors d'Allah. »
Source : Coran, sourate al-Mumtaḥana (60), verset 4 — verset matriciel : se désavouer du shirk, pas des personnes en tant qu'humains.
Le verset matrice — Mumtaḥana 4 — pose le walāʾ wa al-barāʾ chez Ibrāhīm comme un désaveu de la fausse adoration, pas comme une rupture humaine. Quelques versets plus loin, dans la même sourate, Allah précise : « Allah ne vous interdit pas, vis-à-vis de ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et qui ne vous ont pas chassés de vos demeures, de leur faire du bien et d'être équitables avec eux » (Mumtaḥana 8). C'est la même sourate qui pose le désaveu et qui ordonne la bienfaisance et l'équité — preuve que les deux ne sont pas en opposition. Le désaveu est de la fausse divinité ; la bienfaisance est envers les personnes.
Le verset central :
« Votre allié n'est qu'Allah, Son Messager et les croyants » (al-Māʾida 55). L'amour du cœur va d'abord à Allah, puis à Son Messager ﷺ, puis aux croyants — et au-delà : aux actes de foi, aux signes du tawhid, à la mosquée, au Coran.
Le hadith : « la branche la plus solide de la foi est l'amour pour Allah et la haine pour Allah » (Aḥmad). Aimer un homme parce qu'il prie, défendre une cause parce qu'elle est juste, soutenir un proche parce qu'il pratique sa religion — voilà le walāʾ vivant.
Le verset Mumtaḥana 4 — extrait en haut de page — précise : « nous nous désavouons de vous et de ce que vous adorez en dehors d'Allah ». Le mot-clef : « mimmā taʿbudūn » — de ce que vous adorez. Le désaveu vise les actes et les fausses adorations ; il n'est pas une déclaration d'inimitié humaine généralisée.
Ibrāhīm s'est désavoué de l'idolâtrie de son père — mais il lui a parlé avec une douceur exemplaire (« يَا أَبَتِ » répété quatre fois dans Maryam) et il a continué à demander pardon pour lui jusqu'à ce qu'Allah lui révèle qu'il était mort sur la mécréance (at-Tawba 114). Le barāʾ n'est pas la dureté ; c'est la clarté.
Le Prophète ﷺ a aimé son oncle Abū Ṭālib jusqu'à la fin — il a tenté de l'amener au tawhid à son lit de mort, et a longtemps demandé pardon pour lui jusqu'à ce qu'Allah le lui interdise. Le verset « tu ne guides pas qui tu aimes » (al-Qaṣaṣ 56) a été révélé à son sujet. Aimer un proche non-musulman comme être humain est compatible avec se désavouer du shirk qu'il pratique. Les deux ne s'annulent pas.
« S'ils luttent pour que tu M'associes ce dont tu n'as pas connaissance, ne leur obéis pas — mais comporte-toi avec eux ici-bas avec convenance » (Luqmān 15). Allah a posé en même temps : ne pas obéir au shirk + tenir bonne compagnie. Les deux côte à côte.
Mumtaḥana 8 — déjà cité — rend explicite que la birr et le qisṭ (équité) sont autorisés et même demandés envers les non-musulmans paisibles.
Le Prophète ﷺ se levait pour le cortège funèbre d'un Juif (Bukhārī), il acceptait l'invitation à manger d'un Juif, il achetait à crédit chez les non-musulmans à Médine. Sa douceur a été un vecteur d'islām pour des peuples entiers.
Un musulman qui a des amis non-musulmans, qui travaille avec eux, qui leur sourit, qui partage un repas — n'a aucun nāqiḍ. Il pratique exactement ce que le Prophète ﷺ pratiquait. Le glissement qui consiste à reprocher cela à un frère est contraire à la sunna.
Garder le cœur tourné vers le tawhid, et tenir l'éthique du Prophète ﷺ envers les personnes : justice, parole vraie, contrats honorés, voisinage digne, parents respectés, sourire facile.
Deux excès opposés à éviter :
La voie médiane : la sincérité du cœur, la beauté de la conduite.