Définition de l'iman · Parole, croyance, acte · Il augmente et diminue
Qu'est-ce que la foi (al-īmān) ? Une simple connaissance dans le cœur ? Une déclaration de la langue ? Une pratique des membres ? La voie d'Ahl as-Sunna wa-l-Jamāʿa réunit les trois : l'iman est une parole de la langue, une croyance du cœur, et un acte des membres ; il augmente par l'obéissance et diminue par la désobéissance. Cette définition n'est pas une option : elle distingue Ahl as-Sunna des Murjiʾa qui séparent la foi de l'acte, et des Khawārij qui excommunient pour le grand péché. Comprendre ce chapitre, c'est tenir le fil qui traverse tout le reste.
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« Et lorsque Ses versets leur sont récités, ceux-ci font grandir leur foi. »
Source : Coran, sourate al-Anfāl (8), verset 2 — l'un des versets-piliers sur l'augmentation de la foi
Cette définition est l'un des signes distinctifs d'Ahl as-Sunna wa-l-Jamāʿa. Elle est posée explicitement par les imams des Salaf — al-Bukhārī, Aḥmad, ash-Shāfiʿī — et reprise par Ibn Taymiyya dans Al-ʿAqīda al-Wāsiṭiyya et par le Cheikh Ibn Bāz dans le Sharḥ ad-Durūs al-Muhimma. Sans elle, on ne comprend ni la critique des Murjiʾa, ni celle des Khawārij, ni même la logique des chapitres suivants : tout le tawhid et tous les piliers de la foi reposent sur cette définition tripartite.
La définition transmise par les imams d'Ahl as-Sunna est précise : « al-īmān qawl wa-ʿamal wa-iʿtiqād » — l'iman est parole, acte et croyance. Trois dimensions inséparables. Retirer l'une des trois, c'est s'éloigner de la voie des Salaf.
Chaque dimension est ancrée dans un texte. Le Cheikh Ibn Bāz, dans Sharḥ ad-Durūs al-Muhimma, énumère :
Ces trois textes sont rapportés par Bukhārī et Muslim. Ils prouvent ensemble que la foi n'est pas un point, mais un ensemble articulé.
« Quant aux croyants, elle (la sourate) leur fait grandir leur foi » (at-Tawba 124). Le Coran utilise plusieurs fois le verbe zāda (augmenter) à propos de la foi — preuve qu'elle n'est pas une grandeur fixe. Le verset al-Anfāl 2 le confirme : la récitation des versets fait grandir la foi.
Si la foi augmente, elle diminue nécessairement. Le Prophète ﷺ a dit : « Je n'ai pas vu, parmi celles qui sont déficientes en raison et en religion (nāqiṣāt ʿaql wa dīn), [de plus capables d'égarer un homme prudent que vous] » (Bukhārī, Muslim). La déficience en religion est explicitement énoncée — donc la foi varie d'un degré à l'autre.
Cheikh Ibn ʿUthaymīn la résume ainsi : « L'iman augmente par l'obéissance et diminue par la désobéissance » (yazīd bi-ṭ-ṭāʿa wa yanqus bi-l-maʿṣiya). Conséquence concrète : prière, dhikr, lecture du Coran, charité — chaque acte d'obéissance fait monter la foi. À l'inverse, le péché la fait descendre, sans nécessairement la faire sortir du cœur.
Les Murjiʾa (de irjāʾ, le report) prétendent que la foi est une attestation du cœur, à laquelle on peut joindre la parole — mais que les actes des membres n'en font pas partie. Conséquence : pour eux, le pécheur est un croyant complet, et tous les croyants ont la même foi (« comme les dents d'un peigne »).
Pour Ahl as-Sunna, séparer le ʿamal de la foi est un principe fondamental des Murjiʾa, et la divergence n'est pas seulement verbale — elle entraîne des conséquences pratiques (sur la valeur des œuvres, sur le statut du grand pécheur, sur la nécessité d'agir). Les preuves sont innombrables :
Connaître l'iman comme parole + croyance + acte protège du laxisme : on ne se rassure pas avec « j'ai la foi dans le cœur » sans accomplir les obligations. La foi se vit, s'entretient, se nourrit — et se vérifie dans les œuvres.
Les Khawārij tiennent que celui qui commet un grand péché (kabīra) sort de l'Islam. Pour eux, la foi est un bloc : si tu en perds une part, tu perds tout. Les Muʿtazila ajoutent une nuance (le pécheur est dans une « position intermédiaire » dans ce monde, mais éternel en Enfer).
La définition tripartite d'Ahl as-Sunna permet de répondre aux deux extrêmes :
« Si deux groupes de croyants se combattent, mettez la paix entre eux » (al-Ḥujurāt 9). Allah les nomme croyants alors qu'ils commettent un grand péché (combat fratricide) — preuve que le grand péché ne sort pas, à lui seul, de la foi.
Le grand pécheur musulman est, selon Ahl as-Sunna, un croyant déficient en foi (muʾmin nāqiṣ al-īmān) ou un croyant par sa foi, pervers par son péché. Il est sous la volonté d'Allah dans l'au-delà : Il pardonne s'Il veut, ou châtie selon la mesure du péché — mais il ne demeure pas éternellement en Enfer comme un mécréant.